[SÉMINAIRE CONFLITS & TERRITOIRES] “Les gilets jaunes, une profonde fracture territoriale ?”

[SÉMINAIRE CONFLITS & TERRITOIRES] “Les gilets jaunes, une profonde fracture territoriale ?”

Un séminaire animé par Gérard-François DUMONT, Géographe, Université Paris-Sorbonne, éditeur de la Revue Population & Avenir.

L’émergence des gilets jaunes à l’automne 2018 a surpris nombre de commentateurs, d’autant que la géographie de toutes leurs premières manifestations ignorait les lieux emblématiques habituels que sont, dans la capitale, Bastille ou la République.

En réalité, depuis plusieurs années, quelques chercheurs avaient alerté sur le déni des réalités territoriales : illusions spatiales répétées dans les études largement reprises de l’Insee, réglementations porteuses d’inégalités, références à des modèles territoriaux désuets, décisions s’appuyant systématiquement sur le big is beautiful, lois conduisant à étouffer le besoin de proximité, entêtement des gouvernements à imposer des logiques top-down, croyance que des mesures macro-économiques peuvent à elles seules satisfaire aux besoins du futur, sans tenir compte des réalités territoriales…

Tout cela allait inévitablement engendrer des réactions éruptives. Elles sont nées logiquement dès que les contradictions des injonctions politiques, issues d’une technostructure qui se présente comme le microcosme des seuls sachants, sont devenues manifestes. Pourtant, ici et maintenant, en faisant un bon diagnostic, il serait aisé d’aller vers le bien commun…

[A lire] sur le site d’Agro Paris Tech.

POUR VENIR :

Quand ? : MARDI 29 JANVIER de 13h30 à 15h30
Où ? : AGRO PARIS TECH, Salle Delage, 16 rue Claude Bernard, 75005 PARIS (Métro Censier Daubenton)

Vous pouvez nous confirmer votre présence par retour de mail

INSCRIPTION : torre@agroparistech.fr

 L’objectif du séminaire mensuel Conflits et Territoires est de permettre d’engager la discussion sur la question des conflits liés à l’espace, et tout particulièrement sur la place des conflits dans la construction et la gouvernance des territoires. Le séminaire a lieu tous les derniers mardi du mois. L’accès est gratuit. 

CONFÉRENCE : Quelles dynamiques des populations et perspectives stratégiques ?

CONFÉRENCE : Quelles dynamiques des populations et perspectives stratégiques ?

Quelles dynamiques des populations et perspectives stratégiques ?

« Si fondamentaux sont les problèmes de population qu’ils prennent de terribles revanches sur ceux qui les ignorent ». Cette phrase d’Alfred Sauvy est d’une pleine actualité. En effet, les dynamiques de population dessinent un monde de plus en plus fragmenté dont il importe de prendre la pleine mesure. Ainsi s’opposent des pays en forte croissance démographique et d’autres en dépeuplement, tandis que d’autres, dont la population augmente encore par effet de vitesse acquise, sont appelés à une future décroissance de leur nombre d’habitants. Sur le plan des migrations internationales, de fortes divergentes distinguent pays attractifs et pays répulsifs. Quant à l’âge des populations, la dynamique des pays jeunes est inverse de celle de ceux qui vieillissent fortement. En conséquence, le monde connaît une géographie inédite de ses populations, qui est tout le contraire d’une mondialisation qui serait uniforme. Obnubilés par les vaguelettes de l’actualité, beaucoup font mine d’ignorer ces forces profondes qui façonnent déjà le monde de demain.

Dans le superbe amphithéâtre de la Société de Géographie, 184 boulevard Saint Germain (Paris), vous prendrez une longueur d’avance avec le recteur Gérard-François Dumont.

Ces dynamiques de population exercent des effets considérables – et souvent méconnus – sur les perspectives stratégiques. Le conférencier répondra aux questions clés. Comment les disparités géodémographiques vont-elles influencer les paramètres stratégiques ? Pourquoi la géographie des migrations est-elle plus que jamais un paramètre stratégique fondamental ? Comment les fortes divergences dans la composition par âge des populations modifient-elles les rapports de force ? Saisir les réponses à ces questions est impératif pour comprendre le monde d’aujourd’hui et celui qui arrive.

A l’occasion de la parution de son nouvel ouvrage, le Rrecteur Gérard-François Dumont présentera des réponses claires, précises et solidement argumentées qui seront autant de point d’appui pour votre réflexion personnelle. La conférence sera suivie d’un moment de Questions / Réponses et d’une dédicace de son nouvel ouvrage de référence. : “Géographie des populations. Concepts, dynamiques, prospectives”, Editions Armand Colin.

POUR VENIR :

Quand ? : le jeudi 17 janvier à 18:00. Ouverture de l’accès à compter de 17:45. Début à 18:00 précise.
Où ? : Société de Géographie, 184 Boulevard Saint-Germain, 75006, Paris. Métro Saint-Germain des Près.
Places limitées : face à l’affluence des précédents événements nous sommes obligés de limiter l’entrée. Pour des contraintes de sécurité, l’inscription – gratuite – est nécessaire.

INSCRIPTION :

Je m’inscris à cette conférence, le jeudi 17 janvier 2019, à 18 h, Société de Géographie,
184 boulevard Saint-Germain, 75006, Paris.

 

 

France Culture : Pourquoi la France ne parvient-elle plus à faire baisser les chiffres de la mortalité infantile ?

France Culture : Pourquoi la France ne parvient-elle plus à faire baisser les chiffres de la mortalité infantile ?

GF.Dumont à France Culture

Gérard-François Dumont était l’intervenant invité de La Question du jour, une émission quotidienne de France Culture animée par Guillaume Erner

Pourquoi la France ne parvient-elle plus à faire baisser les chiffres de la mortalité infantile ?
27/06/2018, 7h16, 7 min

La mortalité infantile ne baisse plus en France. C’est ce qu’indique une étude de l’INSEE qui vient d’être publiée. Certes, le taux de mortalité infantile n’a jamais été aussi bas, s’élevant à 3,7/1000 ; mais d’autres pays parviennent à atteindre un taux bien plus faible, 1,9/1000 pour la Finlande.
Pourquoi le nombre de décès d’enfants n’ayant pas encore atteint l’âge d’ 1 an ne parvient-il pas ou plus à baisser, en France ?

Réécouter l’émission France Culture

Populations et Territoires : Enseigner le développement durable en géographie

Populations et Territoires : Enseigner le développement durable en géographie

POPULATIONS ET TERRITOIRES  Enseigner le développement durable en géographie

Géographie Cycle 4 – Programmes 2016

Un livre coordonné par Gérard-François Dumont, Eric Froment et David Vodisek

Éditeur : Réseau Canopé
Collection : Agir
Descriptif technique : 1 ouvrage de 140 pages et des annexes téléchargeables
ISBN : 978-2-240-04243-9

Présentation du livre

Comment construire un cycle d’enseignement autour des questions de peuplement et d’organisation spatiale pour permettre de traiter le développement durable conformément aux programmes de géographie au collège (cycle 4) ?

Les enseignants d’histoire-géographie-EMC du collège sont invités à emmener leurs élèves dans un véritable « parcours du monde ». Ils pourront ainsi appréhender sa complexité et aborder la nécessité de mettre en œuvre une démarche scientifique pour le comprendre.

  • Une première partie est consacrée à l’opportunité que représentent le travail par compétences et les parcours éducatifs pour enseigner le développement durable en cours de géographie.
  • Puis viennent 10 séquences pédagogiques clés en main et testées en classe, proposant aux enseignants :
  1. des mises au point scientifiques qui viennent éclairer les concepts clés ;
  2. des études de cas concrets répartis sur plusieurs continents ;
  3. des mises en perspective permettant d’élargir la réflexion de la situation locale vers des problématiques globales ;
  4. des élargissements interdisciplinaires et relatifs aux parcours éducatifs des élèves.

Retrouvez des annexes téléchargeables, en contenus associés ci-dessous, afin de mener à bien les séquences proposées grâce à des :

  • questionnaires et fiches d’activités pour analyser les cas concrets ;
  • dossiers documentaires différenciés favorisant le travail en petits groupes ;
  • schémas, cartes, jeux de rôles et autres documents déclencheurs originaux.

 

Contenus associés


Annexes – Télécharger (12.50 MB)
Source : reseau-canope.fr

Auteurs

Gérard-François Dumont, professeur de géographie à la Sorbonne, président de la revue Population & Avenir et ancien recteur, a coordonné cet ouvrage avec Éric Froment, professeur d’histoire-géographie-EMC en collège, et David Vodisek, IA-IPR d’histoire-géographie.

Cet ouvrage existe en numérique

Remerciements

La revue Population & Avenir propose dans chacun de ses numéros des séquences pédagogiques, conformes aux programmes, très appréciés par les enseignants en histoire-géographie des lycées et collèges.

Afin d’offrir d’autres publications pédagogiques complémentaires, Population & Avenir et Réseau Canopé se sont associés et proposent différentes séquences pour le collège et le lycée disponibles sur le site du Réseau Canopé.

Dans le fil de ces offres, ce livre a été élaboré afin de permettre aux enseignants d’avoir des supports pédagogiques portant plus particulièrement sur l’éducation au développement durable au collège.

Nous tenons d’abord à vivement remercier Éric Froment et David Vodisek qui ont accepté de mettre à profit leurs grandes compétences pour nous assister dans la direction de ce livre. Nous remercions aussi très chaleureusement les enseignants qui ont fait preuve d’un grand talent pédagogique dans l’élaboration des séquences.

En outre, nous tenons à remercier les enseignants qui collaborent à la revue Population & Avenir et qui nous ont éclairés de leurs précieux conseils. Enfin, nous ne saurions oublier l’équipe de Canopé qui a bien voulu nous accompagner dans ce travail et assumer une belle mise en pages que les enseignants sauront apprécier

Gérard-François Dumont – Population & Avenir

France 5, C dans l’air : “le pétrole de la France est son territoire”

France 5, C dans l’air : “le pétrole de la France est son territoire”

FRANCE 5 – C DANS L’AIR

Gérard François Dumont intervient régulièrement comme expert dans cette émission diffusée du lundi au samedi à 17h45.

Patrimoine : mieux que l’impôt..; le loto !  émission du 31 mai 2018

“Le pétrole de la France, c’est son territoire. Sur les 18 monuments sélectionnés, 17 sont des sites très enclavés. Il y en a un par région. Les choix sont aussi éminemment politiques”. Gérard-François Dumont.

Conférence Jacques Bichot : La politique familiale, un investissement ?

Conférence Jacques Bichot : La politique familiale, un investissement ?

L’Association Population & Avenir a le plaisir de vous convier à participer à sa prochaine conférence le 24 mai 2018 :

Jacques Bichot

Jacques Bichot (crédit photo : Contribuables Associés)

La politique familiale, un investissement ?

La politique familiale, un investissement dans la jeunesse qui inclut le travail parental, la formation initiale, les prestations familiales.
Le retour sur investissement, illustré par la continuation de l’économie et de l’humanité, justifie une analyse économique sérieuse pour renouveler tant le financement de l’école que l’organisation de notre système de retraites

Jacques Bichot est un économiste français, professeur des universités, membre honoraire du Conseil économique et social, dont les travaux portent sur l’économie monétaire, la politique sociale (économie de la protection sociale, les retraites) et la politique familiale.

Conférence Population & Avenir
avec Jacques Bichot
Jeudi 24 mai à 18h30
Mairie du 7e Arrondissement
116, rue de Grenelle-75007 Paris

 

Les guerres, conséquences des dynamiques de population ?

Les guerres, conséquences des dynamiques de population ?

Gérard-François Dumont, Professeur à l’Université Paris-IV Sorbonne où il enseigne à l’institut de Géographie et d’aménagement et président de Population & Avenir est intervenu le 22 octobre 2016 dans le cadre des journées nationales de l’Histoire et de la Géographie, organisées par l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APGH).

Retour sur cette conférence intitulée : “Les guerres, conséquences des dynamiques de population ?” que l’APGP vient de publier sur sa chaîne YouTube.

Tous droits réservés APHG/Lycée J. de La Fontaine, Château Thierry/Société des Agrégés.

Trump : une nouvelle politique d’immigration aux États-Unis ?

Éditorial par Gérard-François Dumont
paru dans la revue Population & Avenir n° 737

Avec le président Trump, la politique d’immigration des États-Unis serait, selon nombre de commentateurs, totalement nouvelle. L’administration américaine, celle d’un pays dont le peuplement s’est très largement constitué par apports migratoires, serait devenue hostile à l’immigration. Qu’en est-il en réalité ?

Ponctuée par de multiples tweets, dont certains viennent démentir des propos de ses proches collaborateurs, la politique du président Trump semble peu lisible. Pourtant, au moins dans un domaine, celui de la question migratoire, la continuité et la persévérance de Trump à appliquer son programme sont remarquables et même étonnantes. En effet, dans les démocraties, il arrive assez souvent que les électeurs constatent qu’un président élu s’éloigne de ses promesses électorales. Or, le président Trump semble bien déterminé à appliquer ce qu’il avait annoncé.

Une politique précisément annoncée

En effet, le 31 août 2016, dans un discours à Phoenix, en Arizona, plusieurs mois avant l’élection, Donald Trump a présenté dix propositions pour la politique d’immigration des États-Unis. Leurs objectifs annoncés étaient de réduire l’immigration, notamment en appliquant de façon plus stricte des lois existantes concernant l’immigration illégale. Ce discours a été le plus détaillé de sa campagne. La question de l’immigration fut ensuite un des points-clé de ses déclarations pendant la campagne [1] et un des éléments explicatifs de sa victoire électorale contre Hillary Clinton.

Dès son investiture en janvier 2017, le président Trump s’est appliqué à mettre en œuvre ses propositions. Certes, l’annonce tonitruante de la construction d’un « mur » le long de la frontière américano-mexicaine qui, en réalité, ne serait que le prolongement des barrières [2] déjà existantes [3) n’est pas à ce jour réalisée. Mais cela ne doit masquer le fait que Trump a concrétisé différentes annonces :

  • l’application plus stricte des lois sur l’immigration permettant la rétention d’immigrants illégaux ;
  • l’annulation de plusieurs mesures qui empêchaient l’expulsion d’immigrants illégaux [4]
  • l’élimination des protections temporaires pour les non-citoyens mises en place par les administrations antérieures ;
  • une forte réduction des admissions de réfugiés [5]

Et ce qui précède a minoré le traitement de certaines demandes d’immigration familiale.

En dépit de pouvoirs contenus par le Congrès, par les tribunaux et par l’autonomie des municipalités, dont certaines qui se refusent à appliquer les décrets présidentiels, l’immigration, légale et illégale, a nettement diminué aux États-Unis depuis l’élection de Trump.

Le retour de modalités anciennes

Doit-on considérer que les principes mis en œuvre pour y parvenir, comme le recours à des quotas tendant vers zéro vis-à-vis de certains pays ou le déploiement de policiers, sont sans précédent dans l’histoire migratoire des États-Unis ? En réalité, ce pays a toujours eu des politiques dont l’objectif consistait, selon le point de vue où l’on se place, à maîtriser l’immigration ou à la contenir. Pour ne prendre que quelques exemples, rappelons certaines décisions. En 1798, c’est l’Alien and Sedition Act, comprenant des mesures pour freiner la procédure de naturalisation jugée trop rapide. De 1882 à 1943, c’est le Chinese Exclusion Act qui interdit toute entrée aux ressortissants Chinois. Autre exemple, au centre Fédéral d’immigration de Fort Clinton, à l’extrémité sud de Manhattan, puis à Ellis Island à compter de 1892, des critères étaient définis pour mettre en quarantaine certaines personnes ou même leur refuser l’entrée. Les compagnies maritimes qui avaient transporté les migrants étaient tenues de les rapatrier à leurs frais [6]. Environ 2 % des arrivants virent ainsi leur admission aux États-Unis rejetée en raison de leur mauvaise santé ou de leur passé criminel.

Et la politique migratoire des États-Unis a souvent reposé sur une logique de quotas arrêtés par le Congrès, même si les quotas géographiques ont disparu de 1978 à 2016 pour partiellement renaître en 2017. Pour le futur, ce sont les électeurs qui, par leurs choix aux élections parlementaires et présidentielles, décideront de cette politique.

Notes

[1] Dans un contexte de vote différencié selon les catégories de la population ; cf. Dumont, Gérard-François, Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations, Paris, Ellipses, 2007.
[2] Goussot, Michel, « Le projet de Donald Trump d’ériger un « mur » entre le Mexique et les États-Unis » Raison présente, juillet 2017.
[3] Il existe en effet un premier mur érigé en 1994 entre les villes frontalières de San Diego (États-Unis) et Tijuana (Mexique) et des barrières construites de manière discontinue depuis 2006.
[4] Toutefois, cette question fait l’objet de négociations avec le Congrès.
[5]  En reconnaissance de la crise mondiale des réfugiés, l’administration Obama a fait passer le nombre de réfugiés de 70 000 à 85 000 au cours de l’exercice 2016 et à 110 000 au cours de l’exercice 2017. L’administration Trump a immédiatement réduit le plafond de l’exercice 2017 à 50 000. Au final, 53 716 réfugiés ont été admis au cours de l’exercice 2017.
[6]  D’où la décision de celles qui partaient de Cherbourg d’effectuer elles-mêmes des contrôles au départ ; cf. « Cherbourg, d’une migration l’autre », Le Monde, 5 avril 2016.

 

Pour citer cet article :
To cite this version :

Dumont, Gérard-François, « Trump : une nouvelle politique d’immigration aux États-Unis ? », Population & Avenir, n° 737,  mars-avril 2018.

 

Quelle géographie de la fécondité en Europe ?

Quelle géographie de la fécondité en Europe ?

Éditorial par Gérard-François Dumont
paru dans la revue Population & Avenir n° 736

Les pays de l’Union européenne appartiennent au même ensemble régional et partagent nombre de réglementations appelées, selon les traités européens, règlements ou directives  [1]. Cela pourrait se traduire par des niveaux équivalents de fécondité.

Or il n’en est rien puisque le pays à la fécondité la plus élevée enregistre un chiffre supérieur de 50 % au pays à la fécondité la plus faible. Comment l’expliquer ?

Une année donnée, le niveau de fécondité d’un pays est toujours le résultat de facteurs variés, dont certains sont de nature socioculturelle . [2]

Mais d’autres facteurs ne sont-ils pas de nature politique, dépendant des mesures décidées par les pouvoirs publics concernant l’accueil de l’enfant ?

À partir d’une étude d’Eurostat sur la protection sociale [3], il est possible de calculer le pourcentage des prestations « famille et enfance » rapporté au produit intérieur brut (PIB) de chacun des pays de l’Union européenne (UE) [4].
Une géographie de la fécondité se dégage.
  • Sept pays ont à la fois une fécondité supérieure à la moyenne de l’Union européenne (1,58 enfant par femme) et une part du PIB consacrée à des prestations familiales égale ou supérieure à la moyenne des pays de l’Union européenne. Ces pays se situent en Europe septentrionale (Danemark, Finlande, Royaume-Uni et Suède) ou en Europe occidentale (Belgique, France et Pays-Bas).
  • À l’inverse, seize pays (Bulgarie, Chypre, Croatie, Espagne, Estonie, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Malte, Portugal, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie) ont une fécondité égale ou inférieure à la moyenne. Ces seize pays comptent tous des budgets de prestations familiales inférieurs à la moyenne de l’Union européenne. Ces pays se situent en Europe méridionale, en Europe centrale et orientale ou en Europe septentrionale pour l’un d’entre eux, l’Estonie.
Pour les quatre cinquièmes des pays de l’Union européenne, la corrélation est donc incontestable : les pays qui consacrent davantage aux prestations familiales ont la fécondité la plus élevée. Autrement dit, « les politiques familiales ont un impact positif et significatif sur la fécondité ». [5]
En revanche, ceux qui ont une politique familiale fort réduite comptent une fécondité plus faible.

Les prestations familiales et la fécondité dans les pays de l’Union européenne

Toutefois, la corrélation n’est pas validée pour deux types de pays.

  • L’Allemagne a des budgets de prestations familiales supérieurs à la moyenne de l’UE, mais une fécondité inférieure. Ses choix budgétaires, comme les allocations familiales dès le premier enfant, ne semblent pas optimisés. D’autres éléments, de nature culturelle, comme la faible compréhension de la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale des mères, concourent à une fécondité affaiblie. L’Allemagne est sans doute une illustration de l’analyse suivante : « Les politiques familiales ne peuvent réussir que si elles sont conçues pour prendre en compte les caractéristiques de la société dans laquelle elles sont mises en œuvre ». [6]
  • Trois pays (Irlande, Lettonie et Lituanie) ont une fécondité supérieure à la moyenne de l’Union en dépit d’un budget de prestations familiales inférieur à la moyenne.[7]
    L’Irlande, pays où la foi catholique demeure importante, enregistre depuis plusieurs décennies une des fécondités les plus élevées d’Europe. Comme si ce pays, dans son inconscient collectif, ne voulait revivre l’hémorragie démographique, due à une forte émigration, qu’il a connue au milieu du XIXe siècle et d’où il résulte que son nombre d’habitants au XXIe siècle est encore inférieur à celui de 1840 [8].
    Les explications manquent pour la Lettonie et la Lituanie, mais les années précédentes ont montré que les estimations de la fécondité dans ces deux pays sont parfois imparfaites.

Au total, les budgets des prestations familiales ne sont pas neutres, puisqu’ils concourent à expliquer les niveaux de fécondité différenciés des pays européens.
Enfin, un autre élément conduit à confirmer la corrélation entre fécondité et politique familiale : le fait qu’elle ait pu être déjà constatée à plusieurs reprises précédemment.[9]

Notes

[1] Cf. Dumont, Gérard-François, Verluise, Pierre, Géopolitique de l’Europe : de l’Atlantique à l’Oural, Paris, PUF, 2016.

[2] Par exemple, l’année du dragon, qui revient tous les douze ans dans le calendrier chinois, est jugée comme un bon signe pour les nouveau-nés, engendrant un nombre de naissances plus élevé. Au Japon, l’année placée sous double signe du cheval et du feu est jugée négativement, engendrant alors une forte baisse des naissances ; cf. Dumont, Gérard-François, « Japon : les enjeux géopolitiques d’un “soleil démographique couchant” », Géostratégiques, n° 26, 1er trimestre 2010.

[3] n° 188/2017, 8 décembre 2017 ; données de l’année 2015.

[4] A l’exclusion de la Pologne pour laquelle les données ne sont pas disponibles.

[5] Selon la formulation de Fent, Thomas, Aparicio Diaz, Belinda, Prskawetz, Alexia, « Family policies in the context of low fertility and social structure », www.demographic-research.org/volumes/vol29/37, 13 november 2013.

[6] Fent, Thomas, op. cit.

[7] Ce pourcentage relativement faible peut aussi provenir de la façon dont il est calculé, en dépit des efforts conduits pour harmoniser les méthodes statistiques.

[8] L’Irlande comptait 8,2 millions d’habitants en 1840 (Reinhard, Marcel, Armengaud, André, Dupâquier, Jacques, Histoire générale de la population mondiale, Montchrestien, Paris, 1968, p. 684) et en compte 6,6 millions en 2017, Irlande du Nord comprise.

[9] Cf. Dumont, Gérard-François, « Politique familiale et fécondité en Europe », Population & Avenir, n° 681, janvier-février 2007 ; « La fécondité en Europe : quelle influence de la politique familiale ? », Population & Avenir, n° 716, janvier-février 2014.

 

Citer cet article :
To cite this version :

Dumont, Gérard-François, « Quelle géographie de la fécondité en Europe ? », Population & Avenir, n° 736, janvier-février 2018.